Boris Achour

Alicia Zaton écrit que sa biographie débute avant sa naissance. Affirmation au premier abord contradictoire avec les conventions de la biographie, voire avec l’idée communément partagée que l’histoire d’une personne débute au jour de sa naissance, mais qui l’est moins si l’on considère que chacun s’inscrit dans une lignée, une histoire (entre autre familiale) et qu’une personne peut être pensée, nommée, envisagée, désirée bien avant sa naissance effective.

Affirmation qui prend encore plus de sens lorsque l’on découvre le travail d’Alicia Zaton, l’importance qu’elle accorde à la notion d’autobiographie et la force et l’inventivité avec laquelle elle déconstruit et reconstruit simultanément cette écriture de sa propre histoire.

Si l’autobiographie, la question de l’identité et le «roman familial» font partie des thèmes souvent explorés dans la création contemporaine, Alicia Zaton échappe à l’écueil du lieu commun par le rapport direct et frontal, sans concession mais pas sans distance qu’elle met en place dans son travail.

La violence, qu’elle soit verbale, physique ou symbolique est omniprésente. Les corps sont souvent absentés, marqués, manipulés. Les objets portent les traces d’actions de destruction, par le feu, les coups, les dents. La famille, étouffante ou tendre, est régulièrement convoquée, que ce soit du côté des aïeux ou de celui des enfants.

Cet univers non-réconcilié, tendu, mêlant cruauté et affection prend dans ses nouvelles productions une dimension nouvelle, plus ample, plus libre aussi.

— Boris Achour, 2014